Ce vendredi 29 mai 2026, la mairie du 14e arrondissement de Paris a accueilli une matinée pas comme les autres. Douze apprenants de la première session du 14ème arrondissement des Geeks du Bâtiment ont reçu leurs attestations de formation des mains de Carine Petit, maire du 14e, de Nicolas Bonnet, adjoint au Maire de Paris en charge de l’emploi et de l’insertion  et de Diane Derrien, adjointe au maire du 14ème en charge de l’emploi et de l’insertion. Une cérémonie chargée d’émotion, suivie d’une visite du plateau technique implanté en cœur de quartier, à deux pas de la Porte d’Orléans.

Un territoire, un chantier, une opportunité saisie

Tout part d’un constat simple : la Porte d’Orléans est traversée par un chantier de réhabilitation historique portant sur plus de 1 200 logements. La RIVP, bailleur social qui en assure la maîtrise d’ouvrage, décide d’aller plus loin que la rénovation. Elle met à disposition des appartements inoccupés pour en faire un plateau technique de formation — des logements réels, en conditions réelles, à deux pas du domicile des candidats — et contribue au financement de l’accompagnement des stagiaires. « On avait envie que les personnes qui réalisent ces travaux soient des personnes qui ont besoin d’accéder à un emploi », explique Alexis Goursolas, directeur de la politique sociale de la RIVP.

Pour constituer le vivier de candidats, la RIVP et ses partenaires s’appuient sur la mission locale de Paris, l’EPEC et les associations de quartier — Barrio 14, la Fondation Feu Vert, — dont les éducateurs, au plus près des jeunes du 14e, ont su identifier et orienter les profils motivés. Carine Petit, maire du 14e, résume l’enjeu politique : « Il y a plusieurs millions d’euros investis par la Ville et par le bailleur — il ne faut surtout pas passer à côté des ressources locales, c’est-à-dire vous. »

Bouygues et Ergos : deux entreprises engagées de la sélection aux débouchés

Bouygues Bâtiment Île-de-France et Ergos Insertion ne sont pas de simples financeurs — ils co-construisent le parcours de bout en bout. Dès l’amont, Ergos prend en charge la sélection des candidats : des entretiens individuels de 45 minutes à une heure, avec un double regard systématique, pour évaluer non pas les compétences techniques mais la motivation, le projet professionnel et les éventuels freins à l’emploi. « L’envie, la motivation, c’était le critère principal », résume Clara Grinsnir. Pendant la formation, son équipe assure un suivi quasi-quotidien — logistique, difficultés personnelles, orientation vers les bons acteurs quand la situation dépasse le champ de l’agence.

Côté Bouygues, l’engagement porte sur l’aval : à l’issue de la formation, les apprenants intègrent des chantiers en mission auprès de sous-traitants ayant tous signé une clause sociale avec le groupe. « Après, vous arrivez au sein de nos entreprises partenaires sous-traitantes et même entreprises Bouygues », confirme Angéline Chasseriau. Une promesse concrète, pas un espoir.

Le CDPI : un parcours sécurisé, rémunéré dès le premier jour

Le socle contractuel du dispositif repose sur le CDPI — Contrat de Développement Professionnel Intérimaire, mécanisme spécifique à l’intérim porté par Ergos et cofinancé par l’OPCO AKTO et France Travail Île-de-France. Chaque apprenant est salarié intérimaire dès le premier jour de formation, avec une rémunération mensuelle garantie. Pas de formation à blanc, pas de bénévolat déguisé. Après les trois mois, s’ouvre une période de délégation en entreprise, assortie d’un suivi individualisé pouvant aller jusqu’à deux ans : CDI, alternance, spécialisation — selon les appétences de chacun, exprimées en amont par ordre de préférence. « Ce sera du cas par cas », précise Clara Grinsnir. « L’idée, c’est de creuser leur projet professionnel à venir, pas uniquement de les placer . »

Sur le plateau technique : les apprenants prennent la parole

Après la cérémonie, place au concret. Élus, partenaires et équipes ont été guidés par les apprenants eux-mêmes à travers le plateau technique — ces appartements de la RIVP transformés en espace d’apprentissage, où électricité, plomberie, placo, revêtements et menuiserie ont été travaillés en conditions réelles pendant trois mois. Les candidats ont expliqué les gestes appris, montré les réalisations, répondu aux questions.

Lakami Cissé et Ousmane Diarra

Lakami Cissé, 24 ans, résume ce que la formation a changé pour lui : « Avant de venir, je n’avais aucune base dans le bâtiment. Je repars avec des habilitations, j’ai confirmé que la plomberie était vraiment le secteur que je recherchais, et je sais maintenant à quoi ressemble un chantier. » Orienté par Barrio 14, il avait rejoint le dispositif avec une intuition — il en repart avec une conviction et un cap : « Dans 3 ans, chef de chantier. Et un jour, auto-entrepreneur, c’est mon but ultime. »

À 19 ans, Ousmane Diarra poursuit naturellement son parcours dans le bâtiment. Après un bac professionnel et plusieurs années d’études entre électricité et climatisation, il a choisi d’intégrer cette formation pour continuer à développer ses compétences dans un secteur qui lui plaît depuis longtemps. Orienté lui aussi par Barrio 14, il retient surtout la découverte de nouveaux métiers : « J’ai découvert des métiers que je ne connaissais pas, comme plaquiste. C’est un très beau métier. »

Déjà attiré par la plomberie, il souhaite désormais poursuivre sa formation en apprentissage afin « d’acquérir plus de connaissances » et de « ressortir plus doué ». Pour lui, cette expérience représente une étape vers davantage d’expertise et une insertion durable dans le secteur du bâtiment.

Un modèle qui tient ses promesses : 45 dispositifs, 80 % de sorties positives

À l’échelle nationale, les Geeks du Bâtiment c’est aujourd’hui 45 dispositifs en France, plus de 900 apprenants formés, et un taux de sorties positives avoisinant les 80 %. Des chiffres qui s’expliquent par une philosophie assumée : ni diplôme, ni certification, mais trois piliers — le savoir-être, les codes de l’entreprise, et l’apprentissage des gestes de base — assortis des habilitations attendues par les recruteurs. « Les attentes des entreprises et les capacités des candidats ne sont pas si éloignées que ça », résume Florian du Boys, fondateur du dispositif. « Il y a juste besoin d’un sas pour créer cette première marche. » La session Paris 14e en est, ce matin, la preuve vivante.

Formation réalisée par le Centre Gustave Eiffel (30 mars – 6 juin 2026). Projet monté par Christophe Mahais, Impala Avenir Développement. Partenaires : RIVP, Bouygues Bâtiment Île-de-France, Ergos Insertion / Groupe Actual, AKTO, France Travail Île-de-France. Prescripteurs : Barrio 14, Fondation Feu Vert, Mission locale de Paris, EPEC